H+12 : Cadillac prend les commandes, une Ferrari 499P touchée
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H+12 : Cadillac prend les commandes, une Ferrari 499P touchée

Après douze heures de course, la 94e édition des 24 Heures du Mans tient toutes ses promesses. Entre rebondissements en Hypercar, bataille stratégique sur les pneumatiques, premières émotions pour Genesis et écarts infimes en LMGT3, la nuit mancelle redistribue les cartes sans pour autant désigner de favori définitif. Tout reste à écrire.

Douze heures se sont écoulées depuis le départ de la 94e édition des 24 Heures du Mans. Douze heures de vitesse, de stratégie et de résistance qui ont déjà façonné le visage de cette troisième manche du Championnat du monde d’endurance FIA WEC. Au cœur de la nuit sarthoise, les favoris ont vacillé, les outsiders ont saisi leur chance et les débutants ont démontré qu’ils avaient leur place sur la plus grande scène de l’endurance mondiale. À mi-parcours, Cadillac Hertz Team JOTA tient la tête, mais la moindre erreur peut encore faire basculer le destin de cette édition particulièrement disputée.

Une bataille de géants dans la nuit

La nuit est souvent le juge de paix des 24 Heures du Mans. Elle révèle les forces réelles, expose les faiblesses et oblige chacun à regarder la vérité en face. Peu après minuit, la course est neutralisée pendant 45 minutes à la suite de la sortie de piste, aux S de la Forêt, de la Ferrari 296 LMGT3 Evo #54 de Vista AF Corse, contrainte à l’abandon.

Lorsque le drapeau vert est de nouveau agité à 0 h 23, la Toyota TR010 Hybrid #8 de Toyota Gazoo Racing mène les débats devant la BMW M Hybrid V8 #20 de BMW M Team WRT et la Cadillac V-Series.R #12 du Cadillac Hertz Team JOTA. Derrière cette hiérarchie se cache déjà une partie d’échecs grandeur nature. Les trois Cadillac misent sur des pneumatiques tendres tandis que Toyota reste fidèle aux gommes medium.

La tension monte encore d’un cran à 1 h 33. Une petite erreur de Brendon Hartley au virage de Mulsanne oblige le pilote néo-zélandais à emprunter l’échappatoire. Aussitôt, l’avance de la Toyota fond et la Cadillac #12 revient à seulement quatre dixièmes de seconde. Dans l’obscurité du circuit, les deux Hypercars semblent reliées par un fil invisible.

Quelques minutes plus tard, BMW choisit à son tour d’explorer la voie des pneumatiques tendres sur la #20. Une décision préparée en amont grâce à la voiture sœur #15, utilisée comme laboratoire roulant. Aux 24 Heures du Mans, chaque choix technique est une prise de risque calculée, et parfois une simple décision prise dans le stand peut peser autant qu’un dépassement en piste.

Ferrari touchée, Genesis en difficulté

La nuit rappelle également que la mécanique reste un acteur à part entière de la course. À 0 h 25, la Ferrari 499P #50 de Ferrari-AF Corse, alors toujours dans le tour des leaders, est victime d’un problème lié à son extincteur (qui peut être activé en cas d’incendie). Les mécaniciens interviennent longuement sous le siège du pilote.

L’Hypercar italienne reprend finalement la piste à 0 h 53 après 28 minutes d’immobilisation. Repartie en 23e position avec huit tours de retard, elle voit ses ambitions de victoire fortement compromises. Dans une épreuve où chaque seconde compte, une demi-heure peut prendre des allures d'éternité.

La Ferrari 499P #83 d’AF Corse poursuit quant à elle son effort. Robert Kubica résume avec lucidité la situation de son équipage : « Nous avons du rythme, mais nous perdons trop de temps en ligne droite et surtout à l’accélération. Il n’y a donc rien que nous puissions faire. Nous devons nous concentrer sur ce que nous contrôlons, et, avec un peu de chance, nous profiterons des erreurs des autres. »

"L’enjeu numéro un c’est de se présenter et de rallier l’arrivée, puis nous allons construire dans la durée"
Cyril Abiteboul, Genesis Magma Racing

Parmi les belles histoires de cette première moitié de course figure également celle de Genesis Magma Racing. Pour leur toute première participation aux 24 Heures du Mans, les GMR-001-Hypercar n#17 et #19 affichent une solidité remarquable. Tour après tour, l’équipe coréenne accumule une expérience précieuse et démontre un potentiel prometteur pour l’avenir.

Néanmoins, les efforts sont rudes. À 3 h 25, la #19 pilotée par Paul-Loup Chatin s’immobilise entre Arnage et Indianapolis. Si le pilote français parvient à relancer sa voiture après avoir reçu des consignes de son équipe par radio, dix bonnes minutes ont été perdues. Un coup d’arrêt frustrant mais riche d’enseignements pour une structure qui découvre les exigences uniques du Mans.

En LMP2 et LMGT3, rien n’est joué

En LMP2, la lutte est aussi intense qu’imprévisible. Les Oreca 07-Gibson #30 de Duqueine Team et #43 d’Inter Europol Competition se relaient régulièrement en tête au gré des ravitaillements et des stratégies. Dans cette catégorie où toutes les équipes disposent du même châssis, du même moteur et des mêmes pneumatiques, la différence se construit dans les détails : le talent des pilotes, la précision des ingénieurs et la qualité des décisions prises sous pression.

À 3 h 16, l’Oreca #25 d’Algarve Pro Racing est sortie de la piste à Arnage. Le virage le plus lent du circuit reste aussi l’un des plus redoutables. Une démonstration supplémentaire que, au Mans, la vitesse n’est rien sans maîtrise.

En LMGT3, la Corvette Z06 LMGT3.R #33 de TF Sport impose pour l’instant son rythme. Ben Keating, Jonny Edgar et Nicky Catsburg occupent la première place devant l’Aston Martin Vantage AMR LMGT3 #27 de Heart of Racing Team et les deux Lexus RC F LMGT3 d’Akkodis ASP Team.

Mais la hiérarchie demeure fragile. Les quinze premiers de la catégorie figurent encore dans le même tour. Une proximité rare qui promet une seconde moitié de course particulièrement animée. À ce stade, personne ne peut affirmer quelle voiture franchira la ligne d’arrivée en tête.

La nuit, ce révélateur unique des 24 Heures du Mans

À mi-course, les écarts restent faibles et les certitudes rares. Dans l’obscurité, les pilotes doivent conserver la même concentration qu’en plein jour alors que la fatigue commence à s’installer. Chaque freinage, chaque dépassement deviennent des exercices d’équilibriste.

C’est aussi ce qui rend les 24 Heures du Mans si fascinantes. La nuit ne récompense pas uniquement les plus rapides. Elle met à l’épreuve l’endurance des hommes, la fiabilité des machines et la capacité des équipes à rester lucides lorsque le monde semble dormir.

Top 5 du classement général après 12 heures de course :

1. Cadillac V-Series.R #12 Cadillac Hertz Team JOTA – Louis Delétraz / Will Stevens / Norman Nato - 192 tours
2. BMW M Hybrid V8 #20 BMW M Team WRT – Robin Frijns / Rene Rast / Sheldon van der Linde +15,360s
3. Toyota TR010 Hybrid #8 Toyota Gazoo Racing – Sébastien Buemi / Brendon Hartley / Ryo Hirakawa +20,725s
4. Cadillac V-Series.R #38 Cadillac Hertz Team JOTA – Sébastien Bourdais / Earl Bamber / Jack Aitken +1'10''191
5. Toyota TR010 Hybrid #7 Toyota Gazoo Racing – Mike Conway / Kamui Kobayashi / Nyck de Vries +2'06''396

Les leaders des autres catégories :

  • LMP2 : Oreca 07-Gibson #30 Duqueine Team – Doriane Pin / Julien Andlauer / Richard Verschoor
  • LMGT3 : Corvette Z06 LMGT3.R #33 TF Sport – Ben Keating / Jonny Edgar / Nicky Catsburg

Meilleur tour : Earl Bamber (Cadillac V-Series.R #38 Cadillac Hertz Team JOTA) - 3'26''370 au 123e tour.

Les abandons après 12 heures de course :

  • Mercedes-AMG LMGT3 #79 Iron Lynx – Johannes Zelger / Matteo Cressoni / Lin Hodenius
  • Ferrari 296 LMGT3 Evo #54 Vista AF Corse – Thomas Flohr / Francesco Castellacci / Davide Rigon, 00 h 15, sortie de piste
  • Mercedes-AMG LMGT3 #61 Iron Lynx (Martin Berry / Rui Andrade / Maxime Martin), 21 h 43, casse suspension arrière droite
  • Corvette Z06 LMGT3.R #13 Thirteen Autosport – Orey Fidani / Lars Kern / Matthew Bell, 21 h 43, problème mécanique
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