Alors que le soleil reprend ses droits, la course est loin d’être décidée. De nouveaux coups de théâtre ont chamboulé la hiérarchie en catégorie Hypercar, si bien qu’il est impossible de prévoir l’issue de cette 94e édition des 24 Heures du Mans.
Le fait marquant de cette fin de nuit est assurément le problème électrique subi par la Cadillac V-Series.R #38 Hertz Team Jota, qui faisait partie des prétendantes. La #12 continue de mener les débats, mais la Toyota TR010 - Hybrid #8 Toyota Racing et la BMW M Hybrid V8 #20 lui mettent encore la pression.
Légères sanctions et lourde déception
Les quatre dernières heures ont prouvé, une fois de plus, que l’endurance est une discipline où un simple moment de déconcentration peut se payer extrêmement cher. Au beau milieu de la nuit mancelle, et alors que les esprits sont épuisés, un moment d’égarement est très vite arrivé. Les équipages de la Toyota #8, de la Cadillac V-Series.R #101 Wayne Taylor Racing et de la Ferrari 4499P #83 AF Corse en font les frais à cause de différentes infractions sous Full Course Yellow ou slow zone. Leur sanction, un drive through, leur fait à chaque fois perdre de précieuses secondes, qui mettront des heures à être récupérées sur la piste.
La dimension mécanique est encore plus cruelle. Un peu après 4 heures du matin, Sébastien Bourdais, sur la Cadillac #38 alors très bien placée, doit passer par la voie des stands. À la surprise générale, les mécaniciens la rentrent dans son box, pour une raison inconnue… y compris d’eux-mêmes. De toute évidence, un problème électronique perturbe la marche de l’américaine. L’avant est entièrement démonté, et on demande à Sébastien Bourdais de sortir du cockpit. Le Manceau sait. Il sait que la course est perdue, il sait que les efforts effectués jusqu’à maintenant sont réduits à néant. Assis par terre, toujours casqué pour ne pas montrer son émotion au monde, il se prend la tête à deux mains. Le V8 atmosphérique a cessé de déchirer l’obscurité pendant une quinzaine de minutes, ce qui, dans une grille aussi serrée, est éliminatoire. À sa ressortie en piste, Bourdais accuse sept tours de retard. Quelques minutes plus tard, la #38 est encore rentrée, et, cette fois, les mécaniciens ne s’agitent même plus. Il faut attendre près de deux heures pour la revoir en piste, elle ressort avant-dernière.
Deuxième alerte pour Genesis Magma Racing. Pour leur première apparition en Sarthe, les deux GMR-001-Hypercar affichent un rythme impressionnant. Cependant, la #19 connaît des problèmes très ennuyeux : elle s’arrête en piste ! Après avoir stoppé aux mains de Paul-Loup Chatin un peu plus tôt, le prototype sud-coréen est aperçu à l’arrêt, tous feux éteints, au Tertre Rouge. Une situation très dangereuse, qui, heureusement, ne s’éternise pas. La Genesis redémarre et repart en toute sécurité.
Toyota se rapproche, Cadillac toujours solide
Devant, la bataille à distance est magnifique. Les pilotes de la Cadillac #12 de Hertz Team Jota et de la BMW M Hybrid V8 #20 de BMW M Team WRT se livrent un affrontement à coups de centièmes. Peu avant les premières lueurs du soleil, le rythme de la Cadillac semble un peu plus élevé, notamment grâce aux efforts de Norman Nato. La chasse de la BMW se poursuit alors que le ciel se pare d’un rose sublime dont l’apparition signifie à tous les héros de cette 94e édition que la nuit est derrière eux.
Certains relais ont changé l’histoire des 24 Heures du Mans. Celui que réalise Norman Nato au petit matin pourrait bien en faire partie si le duel avec BMW se poursuit. Il profite d’une piste gommée et de meilleures températures pour inscrire le nouveau meilleur tour en course de cette édition, en 3’26’’605. Lorsqu’ils sont sortis des stands lors de leur dernier ravitaillement, Nato comptait à peine plus de deux secondes d’avance. Vingt tours plus tard, quinze secondes séparent les deux voitures. Si l’endurance est un sport d’équipe, il peut arriver qu’un homme prenne la course à son compte…
Derrière, en troisième place, Sébastien Buemi ne relâche pas la pression, en témoigne un nouveau meilleur tour en course signé à 7 h 30, un 3’25’’968. C’est plus rapide que le meilleur temps réalisé l’année dernière lors des 24 Heures par Sébastien Bourdais. Ce relais matinal, suivi de très bonnes boucles de son coéquipier Brendon Hartley, permet à la Toyota de pointer deuxième à 8 heures du matin. Trois marques différentes aux trois premiers rangs, des performances grandioses et une course indécise : voilà toute la magie des 24 Heures du Mans.
La marche impériale de Duqueine Team se poursuit
Le rythme n’a pas baissé en LMP2. Les engagés sont encore tous en lice, et la plupart dans un mouchoir de poche. À 8 heures du matin, trois prototypes sont encore dans le même tour. Si les écarts sont serrés, comme d’habitude dans cette classe de monotypes, la course de Duqueine Team est impeccable. Julien Andlauer, Doriane Pin et Richard Verschoor ont un avantage depuis longtemps et s’y accrochent. Inter Europol Competition suit avec ses Oreca #343 et #43, toujours en embuscade.
Impressionnante image de l’Oreca #29 Forestier Racing by Panis : Esteban Masson, l’Hyperpoleman, n’a d’autre choix que de traverser le bac à graviers du virage Porsche alors qu’il tente de doubler des LMGT3. Toujours lucide, il parvient à reprendre le contrôle de son prototype au moment de retrouver de l’asphalte, juste avant de toucher le mur de pneus. Une vraie démonstration de pilotage qui prouve que, malgré la courte nuit qu’il a passée, il n’a rien perdu de ses réflexes.
Dane Cameron, sur l’Oreca #07 AO by TF, a moins de réussite. « Rockie le Pégase » est bloqué dans un mur de pneus à Mulsanne, ce qui provoque une slow zone. La voiture, classée 13e en LMP2 avant l’accident, doit être dégagée par une grue.
Suit une sortie de piste similaire pour Kévin Estre à Indianapolis, sur l'Oreca #14 TDS Racing. Comme Cameron, il fait face au mur de pneus, et doit être sorti du bac.
Ne rien lâcher en LMGT3
Aucun répit pour les engagés en LMGT3 non plus. Là aussi, un rien sépare les meilleurs, la première place change de mains au gré des arrêts aux stands. Tantôt, c’est la Corvette Z06 LMGT3.R #33 TF Sport qui s’en empare, tantôt, c’est l’Aston Martin Vantage AMR LMGT3 #23. Au petit matin, sa voiture sœur de Heart of Racing Team, la #27, bien placée, écope d’un drive through. La Lexus RC F #78 Akkodis ASP Sport en profite pour se rapprocher.
Dans les rangs, la fatigue se fait sentir. Giuliano Alesi perd la Mercedes-AMG LMGT3 #62 à la sortie du Raccordement Motul, et finit dans le bac. Il repart au ralenti, mais les graviers sur la piste provoquent la mise en place d’une slow zone. Une fois dans son box, elle est inspectée plus en détail.
Top 5 du classement général après 16 heures de course :
1. Cadillac V-Series.R #12 Cadillac Hertz Team JOTA – Louis Delétraz / Will Stevens / Norman Nato – 257 tours
2. Toyota TR010 Hybrid #8 Toyota Gazoo Racing – Sébastien Buemi / Brendon Hartley / Ryo Hirakawa – + 47''603
3. BMW M Hybrid V8 #20 BMW M Team WRT – Robin Frijns / Rene Rast / Sheldon van der Linde – + 49''910
4. Toyota TR010 Hybrid #7 Toyota Gazoo Racing – Mike Conway / Kamui Kobayashi / Nyck de Vries – + 4'20''229
5. Ferrari 499P #51 Ferrari-AF Corse – Alessandro Pier Guidi / James Calado / Antonio Giovinazzi – + 4'32''573
Les leaders des autres catégories :
- LMP2 : Oreca 07-Gibson #30 Duqueine Team – Doriane Pin / Julien Andlauer / Richard Verschoor – 243 tours
- LMGT3 : Corvette Z06 LMGT3.R #33 TF Sport – Ben Keating / Jonny Edgar / Nicky Catsburg – 226 tours
Le meilleur tour en course :
- Sébastien Buemi (Toyota TR010 - Hybrid #8 Toyota Racing), 3'25''968 au 249e tour.
Les abandons à 8 heures :
- Mercedes-AMG LMGT3 #79 Iron Lynx – Johannes Zelger / Matteo Cressoni / Lin Hodenius
- Ferrari 296 LMGT3 Evo #54 Vista AF Corse – Thomas Flohr / Francesco Castellacci / Davide Rigon, 00 h 15, sortie de piste
- Mercedes-AMG LMGT3 #61 Iron Lynx (Martin Berry / Rui Andrade / Maxime Martin), 21 h 43, casse suspension arrière droite
- Corvette Z06 LMGT3.R #13 Thirteen Autosport – Orey Fidani / Lars Kern / Matthew Bell, 21 h 43, problème mécanique